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today30/12/2025
"Les Biches" de Claude Chabrol (1968)
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« La bêtise est infiniment plus fascinante que l’intelligence, infiniment plus profonde. L’intelligence a des limites, la bêtise n’en a pas. » Claude Chabrol

Voici longtemps qu’on les attendait !
Pour d’obscures raisons juridiques (selon l’expression consacrée), une bonne partie de l’œuvre cinématographique et télévisuelle de Claude Chabrol demeurait invisible sur grand écran, d’où l’impossibilité pour la Cinémathèque française de proposer une rétrospective intégrale digne de ce nom, celle qui aurait été consacrée à l’un des cinéastes français les plus importants d’après-guerre.
Quant à l’édition Blu-ray/DVD, elle présentait là aussi de graves lacunes et si certains des titres les plus emblématiques (La Femme infidèle-1969, Que la bête meure-1969…) s’avérait disponible en DVD, la qualité des copies ne pouvait que laisser insatisfait l’amateur de l’œuvre chabrolienne.
Venant compléter une sortie en salles, les éditions Tamasa nous proposent à présent, en Blu-ray/DVD (Master 2K restauré), une première salve de sept films, dans le cadre d’une « première vague » destinée à se prolonger pour notre plus grand bonheur.


Pour l’heure, ce septuor prodigieux correspond à la période habituellement considérée comme la plus faste de la filmographie de Claude Chabrol, soit la période dite « pompidolienne », en raison du mandat de Georges Pompidou en tant que Président de la République Française (20 juin 1969 – 2 avril 1974).
Qu’on en juge : Les Biches (1968), La Femme infidèle, Que la bête meure, Le Boucher (1970), La Rupture (1970), Juste avant la nuit (1971), Les Noces rouges (1973). Interprétés pour six d’entre eux par la merveilleuse Stéphane Audran, alors épouse du cinéaste, ces titres ne sont pas pour peu dans la réputation de Chabrol, peintre de la bourgeoise de province. Une réputation qui, sans être fausse, ne donne pas la pleine mesure de ce qu’il faut bien appeler la vision du monde, éthique, politique et métaphysique, propre à Claude Chabrol, alliée à une écriture cinématographique à la fois sans esbroufe et reconnaissable à l’œil un tant soit peu avisé.


À leur manière, les « compléments » proposés par le coffret Tamasa permettent de mieux cerner cet univers. Pour chacun des films édités, le choix a été fait de donner la parole à des cinéastes plutôt qu’à des critiques « professionnels ». Se succèdent ainsi, Axelle Ropert (pour Les Biches), Bruno Podalydès (pour La Femme infidèle), Dominik Moll (pour Que la bête meure), Patricia Mazuy (pour Le Boucher), Emmanuel Mouret (pour La Rupture), Lucas Belvaux (pour Les Noces rouges). Mais les deux morceaux de choix sont sans doute les interventions de Bong Joon-ho et de Nicolas Pariser. Le cinéaste coréen, à qui l’on doit notamment Parasite (2019), décrit avec une précision remarquable l’ouverture de Que la bête meure en Insistant sur l’ « universalité » du propos de Claude Chabrol (qu’il considère comme son « mentor »). Bong Joon-ho confie être né l’année même du film et conclut par cet aveu touchant : « je suis très heureux que le film vieillisse avec moi à mes côtés ». Quant à Nicolas Pariser, cinéaste cinéphile et chabrolien, auteur d’Alice et le Maire (2019), il s’attaque à l’un des très grands Chabrol, Juste avant la nuit. Replaçant le film dans le contexte du cinéma français des années 70, Pariser décortique brillamment le trajet de ce bourgeois qui n’a pas envie de s’embourgeoiser (c’est Michel Bouquet) et qui, dès l’ouverture du film, commet un véritable « féminicide », dont la société va exiger qu’il ne soit pas coupable. Œuvre d’une ambition extrême, Juste avant la nuit parvient à un niveau d’exigence qui est celui des plus grands (Dreyer, Lang, …) tout en proposant une sorte d’idéal de film où dialogueraient à la fois (la formule est de Pariser) « Flaubert, Agatha Christie et Claire Brétécher ».


Parmi les nombreux compléments que contient ce premier coffret, on citera, en plus de deux formidables documentaires déjà connus (Chabrol l’anticonformiste, de Cécile Maistre-Chabrol et, dans la série des Cinéastes de notre temps d’André S. Labarthe, un entretien, plaisamment mis en scène, de Chabrol avec Jean Douchet) une émission intitulée Visages du cinéma, due à Roger Boussinot, centrée sur le couple Stéphane Audran-Claude Chabrol (en pleine béatitude), où l’auteur du Boucher s’explique sur sa conception du cinéma et du rapport au public (« je suis pour les histoires simples ») ainsi que sur son rapport au politique (« je suis pour faire des trous (dans l’édifice social) pour que ça tombe »).
Venant parachever ce copieux festin, un livre dû à Laurent Bourdon (à qui on doit déjà un Chabrol se met à table, chez Larousse, en 2009) se penche sur la collaboration fructueuse, longue de quelques dix années (à partir de 1967), entre Chabrol et le producteur André Génovès, qui déboucha sur une véritable « économie de cinéma » et permit à notre cinéaste de signer, avec une grande liberté, des films aussi importants que ceux composant ce premier coffret.


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Écrit par: CINEMUSIC Radio
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