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Tao Okamoto (Mari Morisaki) & Virginie Efira (Marie-Lou Fontaine) ©2026 Cinéfrance Studios
★★★★☆
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Pour sa première incursion/excursion en territoire français, Ryusuke Hamaguchi n’a pas vraiment choisi la facilité. Situé quasi-exclusivement au sein d’un Ehpad de la banlieue parisienne, d’une durée de plus de trois heures, Soudain fait se succéder de longues plages de conversations entre la directrice (Marie-Lou, interprétée il est vrai par Virginie Efira) adepte d’une nouvelle méthode de soins, l’“humanitude”, et les résidents de l’établissement.

D’une structure comparable à celle de son précédent film, Le mal n’existe pas (2023), Soudain va ensuite bifurquer sur la rencontre entre Marie-Lou et Mari, une metteuse en scène de théâtre japonaise, atteinte d’un cancer en phase terminale.
À la fois didactique et émotionnel, le film n’hésite pas à consacrer un long passage à cet exposé assez audacieux, au cœur de l’Ehpad, sur les ravages du capitalisme : baisse de la natalité, dépeuplement des villes vers l’“extérieur”, introduisant ainsi à une possible résolution, à la fois politique et poétique : l’inversion, voire le mélange du dedans avec le dehors (l’Ehpad est d’ailleurs un ancien hôpital psychiatrique ayant pratiqué certaines méthodes propres aux années 70).
Sur ce terreau pédagogique, Soudain va décliner subtilement, à même les principaux personnages, ce jeu du dedans et du dehors, sur un mode tour à tour ludique, émotionnel, existentiel. Dans leurs longues discussions nocturnes au cours desquelles elles se découvrent progressivement (jusqu’à un certain point), Marie-Lou et Mari se révèlent à la fois “soignantes” et “patientes”, chacune détentrice d’un secret qui se dérobe.

Tout cela, de l’ordre de l’ineffable, dépasse de toute évidence le “vivre-ensemble” dont on fait de nos jours l’usage que l’on sait. Un jeune autiste qui suit les deux femmes, avec ses cris et gesticulations, pourrait lui-même être une figure de cette intrusion du dehors du monde dans ce que nous devinons de l’intériorité du personnage.
Signe de cette révolution politico-poétique que pourrait bien prôner le film, lors d’une marche collective, des pensionnaires de l’Ehpad se voient guidés avec douceur par un soignant, en leur demandant d’aligner leurs pas sur le plus lent. Même si notre monde n’en prend pas le chemin, de telles incitations font du bien à entendre.
Patrick Saffar




Bande-annonce (Diaphana Distribution) : Soudain (2026)
Cet article est également paru dans la revue trimestrielle Jeune Cinéma n°444-445 datée été 2026
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Écrit par: CINEMUSIC Radio
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