À l'affiche par Patrick Saffar

L’Étranger de François OZON • Musique originale de Fatima AL QADIRI

today27/10/2025

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L’Étranger de François OZON • Musique originale de Fatima AL QADIRI

Actuellement à l’affiche en salles

Par Patrick Saffar – Journaliste, historien et critique de cinéma

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L’Étranger

Et si la question à se poser concernant le nouveau film de François Ozon était moins celle de sa fidélité ou non au livre d’Albert Camus (paru en 1942) que celle de sa « place » dans la filmographie du cinéaste ?

En s’attaquant à L’Étranger (après Luchino Visconti – Lo straniero – en 1967), Ozon aborde pour la première fois un « grand classique », véritable monument de la littérature existentialiste. C’est dire qu’on est loin de ses adaptations de pièces de théâtre de boulevard, telles Huit femmes (2002) ou Potiche (2010), même si Ozon a toujours su y glisser un grain de noirceur ou d’immoralité.

On retrouve dans le style visuel de L’Étranger quelque chose de la froideur et de la distance propres à la manière du cinéaste (et qui d’ailleurs lui ont été parfois reprochées) si ce n’est que, en l’occurrence, cette attitude rejoint à la fois le laconisme et l’objectivité du récit de Camus et le propos même (un des propos) du livre.

« L’Étranger » de François Ozon : Benjamin Voisin (Meursault) ©Foz, Gaumont, France 2 Cinema, Macassar Productions

 

Situé dans l’Algérie coloniale du début des années 40 (mais tourné à Tanger), le film, s’il s’ouvre sur des actualités d’époque, ne tarde pas à se focaliser sur le personnage de Meursault (Benjamin Voisin), ce modeste employé à la fois étranger au monde et probablement habité par un sentiment de révolte à l’égard de l’ordre établi (thème ozonien s’il en est), mais comme par excès d’indifférence, celle-là même qui lui fait accueillir la mort de sa mère, au début du film. Porté par le jeu « blanc » de l’acteur, Meursault offre de même cette sorte de résistance têtue à la demande en mariage que lui fait une jeune femme (Rebecca Marder), non sans être insensible à ses attraits physiques.

« L’Étranger » de François Ozon : Rebecca Marder (Marie Cardona) & Benjamin Voisin (Meursault) ©Foz, Gaumont, France 2 Cinema, Macassar Productions

 

Cette énigme que propose malgré lui le personnage de Meursault est sans doute ce qui a passionné François Ozon. Mais, comme souvent, le cinéaste adore brouiller les pistes, quitte à trop les multiplier, porté en cela par l’« appel d’air » (psychologique, fictionnel …) que suscite en creux la figure de Meursault. Ainsi de la « lecture gay » que va certainement  provoquer la scène du « meurtre de l’Arabe » (annoncée dès le début du film), à l’occasion d’un insert d’ailleurs assez « innocent ». François Ozon est malin : son « coup de soleil » qui frappe et éblouit Benjamin Voisin au moment du crime est aussi un point aveugle susceptible d’ouvrir à toutes les interprétations.

« L’Étranger » de François Ozon : Benjamin Voisin (Meursault) ©Foz, Gaumont, France 2 Cinema, Macassar Productions

 

Même lorsqu’il filme à rebours (5X2, 2004), Ozon est un cinéaste qui sait où il va. Le premier plan du film (après le court prologue documentaire) fait entendre, non la première phrase du livre de Camus (« Aujourd’hui ma mère est morte ») mais la référence au forfait (« J’ai tué un Arabe »). Ce décentrement est sans doute là pour ouvrir au tout dernier plan de L’Étranger, un « geste » du cinéaste qui enfin, contrairement au récit de Camus, donne un nom à la victime, ce nom même qui figure sur sa tombe à la toute fin du film. S’agit-il là d’un repentir, d’un nouveau rêve (posthume) de Meursault, qui succèderait à une autre scène ouvertement onirique, où la silhouette de la guillotine apparaissait telle, au sommet d’un Golgotha ? Le décryptage de L’Étranger (version Ozon) ne fait que commencer …

Patrick Saffar

« L’Étranger » de François Ozon : Benjamin Voisin (Meursault) ©Foz, Gaumont, France 2 Cinema, Macassar Productions
« L’Étranger » de François Ozon : Pierre Lottin (Raymond Sintès) ©Foz, Gaumont, France 2 Cinema, Macassar Productions

 

Synopsis

Alger, 1938. Meursault, un jeune homme d’une trentaine d’années, modeste employé, enterre sa mère sans manifester la moindre émotion. Le lendemain, il entame une liaison avec Marie, une collègue de bureau. Puis il reprend sa vie de tous les jours. Mais son voisin, Raymond Sintès vient perturber son quotidien en l’entraînant dans des histoires louches jusqu’à un drame sur une plage, sous un soleil de plomb…

« L’Étranger » de François Ozon : Benjamin Voisin (Meursault) ©Foz, Gaumont, France 2 Cinema, Macassar Productions – Photo : Carole Bethuel
« L’Étranger » de François Ozon : Denis Lavant (Salamano) ©Foz, Gaumont, France 2 Cinema, Macassar Productions
Catherine Camus à propos de l’adaptation du film :
« François Ozon a su faire les bons choix de mise en scène, porté par des acteurs qui deviennent avec brio les personnages de L’Étranger. Un voyage magnifique à travers l’oeuvre parfaitement respectée de mon père. Bravo François et merci ».

B.O disponible en digital et en CD dès le 29 octobre 2025

Milan Records dévoile la sortie de la bande originale de L’Étranger, fruit de la collaboration entre François Ozon et la compositrice koweïtienne Fatima Al Qadiri.

L’album, véritable rencontre entre sonorités électroniques et instruments classiques, paraîtra le 29 octobre, date à laquelle sortira également le film sur les écrans français : une adaptation du roman d’Albert Camus, sublimée par la photographie noir et blanc signée par le chef opérateur Manu Dacosse. Le CD de cette bande originale est déjà disponible en précommande.

François Ozon salue le travail de Fatima Al Qadiri, évoquant « une musique envoûtante, lancinante qui mélange électronique et instruments classiques ». Telle une création hypnotique, où les textures électroniques s’entrelacent subtilement avec les sonorités classiques pour former une partition à la fois obsédante et raffinée, capable de charmer et de troubler le spectateur. Attiré par sa capacité à fusionner tonalités orientales et composition contemporaine, le réalisateur a pris contact avec elle après avoir repéré son travail pour la musique originale du film Atlantique de Mati Diop.

Fatima Al Qadiri ©Milan Records, DR
François Ozon à propos de sa collaboration avec Fatima Al Qadiri et Robert Smith (The Cure) :
« J’ai fait appel à une musicienne koweitienne Fatima Al Qadiri, dont j’avais beaucoup aimé la musique sur le film de Mati Diop Atlantique et dont j’ai découvert le travail par la suite. Nous avons beaucoup discuté avant de commencer à travailler ensemble. Elle avait besoin de comprendre mes intentions, mon point de vue sur cette histoire, sur ma vision du monde arabe et de savoir comment j’allais traiter l’invisibilisation de l’Arabe. Une fois rassurée, elle s’est engagée passionnément dans le travail et a apporté sa sensibilité orientale, en créant une musique envoutante, lancinante qui mélange électronique et instruments classiques. Et pour le générique de fin, c’était primordial pour moi de retrouver The Cure avec leur morceau mythique Killing an arab. J’ai donc écrit à Robert Smith, qui avait déjà accepté que j’utilise In between days dans Eté 85. Coïncidence, il venait de revoir le film de Visconti et il a tout de suite accepté, content que le morceau, mal compris et mal interprété par certains à l’époque, soit remis dans le contexte du livre de Camus ».
Fatima Al Qadiri ©DR
Pour Fatima Al Qadiri, cette collaboration est née d’une fascination commune pour le temps, l’étrangeté et la nostalgie, mais aussi de la performance au coeur du film :
« Benjamin Voisin était incroyablement inspirant tant par sa gestuelle, ses expressions que les ombres sur son visage. Il semble flotter à travers sa vie, suspendu entre innocence et détachement. Je voulais que la musique reflète ce sentiment, qu’elle capture la tension silencieuse sous son calme et la colère bouillonnante dans la présence de Djemila ».

Travaillant en étroite collaboration avec le monteur du film Clément Selitzki, Fatima Al Qadiri a construit un univers sonore oscillant à travers les époques : flûte Kawala numérique, Cümbüs, cordes pincées turques, ensemble classique, clarinette et textures synthétiques chaleureuses enveloppent chaque morceau « comme une couverture ». Les thèmes épousent les contours émotionnels du roman de Camus –  du motif tendre de « Nager avec Marie » aux tons plus sombres de Le soleil, de la romance évolutive de « La lettre de Marie » aux superbes voix superposées de Meqdad Al Kout (alias Gumar) pour le titre Moussa.

A noter comme le précise plus haut François Ozon concernant la musique additionnelle de son film, l’apparition du titre Killing an Arab de The Cure, classique post-punk de 1979 inspiré du roman de Camus, lors du générique de fin, qui constitue selon Stephen Dalton sur le site The Film Verdict « un clin d’œil audacieux : une alliance audiovisuelle parfaite qui aura attendu près d’un demi-siècle pour voir les astres enfin s’aligner ».

Arnaud Klein

Musique originale du film « L’Étranger » de François Ozon ©Milan Records

 

Tracklist de l’album « L’Étranger » composé par Fatima AL QADIRI

01 – L’étranger
02 – Voyage à Marango
03 – Une cigarette
04 – Le scarabée
05 – Les bains
06 – Romance
07 – Dimanche à Alger
08 – La lettre
09 – Nager avec Marie
10 – La mère
11 – Le mariage
12 – Voyage à la plage
13 – Le soleil
14 – La lettre de Marie
15 – Djemila
16 – L’attente
17 – La visite
18 – La tombe
19 – Moussa
20 – La tendre indifférence du monde (Bonus Track)

 

Bande-annonce (VF) (Gaumont) : L’Étranger

 

Bande-annonce (VF ST EN) (Gaumont) : L’Étranger

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Écrit par: CINEMUSIC Radio


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