Événement par Patrick Saffar

Exposition Evénement « MARILYN MONROE : 100 ans » à la Cinémathèque française, Paris du 8 avril au 26 juillet 2026

today08/04/2026

Arrière-plan

Exposition événement « MARILYN MONROE : 100 ans » à la Cinémathèque française, Paris du 8 avril au 26 juillet 2026

Par Patrick Saffar – Journaliste, historien et critique de cinéma

+ d’infos sur CINEMUSIC Radio | soutenir CINEMUSIC Radio | Nous contacter

D’Edgar Morin à Richard Dyer, nombreux sont les essayistes et historiens à s’être penchés sur le phénomène des stars de cinéma, phénomène prioritairement hollywoodien (même si on n’oublie pas Brigitte Bardot) qui vit les Dieux antiques descendre de leur Olympe pour venir prêter un peu de leur aura à certaines créatures d’élection abritées par les écrans.

© Stéphane Dabrowski, Cinémathèque française
Images inédites de Marylin réalisées à partir d’un négatif 8mm restauré en 2026 © Cinémathèque française – Photo : Arnaud Klein/CINEMUSIC Radio

 

S’agissant de Marilyn Monroe, un degré supérieur a été franchi, dans la mesure où c’est probablement à la création d’un mythe que les années 50-60 (sans parler d’une influence post mortem) auront participé malgré l’actrice (encore qu’il convienne de s’interroger), à laquelle l’exposition de la Cinémathèque française se consacre, étape par étape, pour le centenaire de la naissance de Norma Jeane Baker. De la silhouette encore « naturelle » (tout est relatif) contemporaine de son emploi dans une usine aéronautique, à laquelle succèdent les premières apparitions publicitaires qui lui valurent d’être repérée par la Fox, pour parvenir à une première apothéose en Technicolor sous l’espèce d’une femme fatale dans Niagara (1953) d’Henry Hathaway.

Premières photos de Marilyn Monroe par David Corover en 1944. Lieutenant de l’US Army, envoyé par Ronald Reagan à l’usine Radioplane (munition d’avions) pour photographier des « Rosie the Riveter ». Conover dira de Norma Jeane Baker qu’elle possède une « fragilité alliée à une vibrance étonnante » © Cinémathèque française – Photo : Arnaud Klein/CINEMUSIC Radio
Jeune mannequin, Marylin signe dès 1946 un contrat de 7 ans avec la 20th Century Fox. Affiche américaine de « Nid d’amour » de Joseph M. Newman (1951) et de « Home Town Story » d’Arthur Pierson (1951) © Cinémathèque française – Photo : Arnaud Klein/CINEMUSIC Radio
En 1953, Marylin obtient le premier rôle de Rose Loomis dans « Niagara ». Elle joue une femme magnifique et manipulatrice qui cherche à tuer son mari pour vivre avec son amant. Les chutes du Niagara où se déroule l’action sont aussi éclatantes et dangereuses que son personnage. Dans ce film noir en couleurs, ses tenues séductrices passent du rose au rouge vif, comme le sang qui finit par couler. C’est avec ce rôle maléfique que Marilyn Monroe devient une star de cinéma en Amérique et au-delà © Texte : Cinémathèque française – Photo : Stéphane Dabrowski

 

Si bien que, pour nous, les témoignages les plus touchants présentés par l’exposition demeurent, en plus de l’humour indéniable que révèlent les quelques bandes où s’entend la voix de Marilyn Monroe « au naturel », ces clichés de jeunesse où Norma Jeane Baker apparaît dans toute sa fraîcheur (les hommes n’y préfèrent pas encore les blondes) mais où déjà notre regard projectif/rétrospectif semble vouloir deviner l’émergence du cosmétique qui ne tardera pas à envahir l’apparence de la star. Mais où commence le maquillage, où finit ce qu’on appelle le naturel ?

Publicité avec Marylin pour le shampoing Lustre Crème, diffusée à partir de septembre 1953 dans les magazines américains (Modern Screen, True Story Magazine) © Cinémathèque française – Photo : Arnaud Klein/CINEMUSIC Radio
© Stéphane Dabrowski, Cinémathèque française

 

De ce point de vue, les différents panneaux explicatifs dont s’orne le parcours peuvent apparaître un peu sommaires, qui décrivent l’usine à rêves comme une machine régie par la censure (auto-censure serait plus exact), exclusivement destinée à faire de l’argent et à broyer toute personnalité un peu récalcitrante. Mais, voilà, la « personnalité » de Marilyn était en même temps pour le moins complexe … Autre orientation privilégiée par les commentaires de l’exposition, la tendance à faire de Marilyn Monroe un symptôme de la prédominance du male gaze permet de resituer l’évènement dans une perspective contemporaine.

Couvertures de magazines entre 1949 et 1952 (Foto Parade, Sir! et Glamourous Models). Ces couvertures titrent : « Le sexe est-il votre échappatoire ? », « Comment sortir avec un mannequin? », « La vraie Marilyn Monroe » © Cinémathèque française – Photo : Arnaud Klein/CINEMUSIC Radio
© Cinémathèque française – Photo : Arnaud Klein/CINEMUSIC Radio

 

Tout compte fait, le phénomène Marilyn fut à la fois un défi au puritanisme ambiant (on le doit aussi aux cinéastes, parfois de génie, qui l’ont faite travailler – Howard Hawks, Billy Wilder, essentiellement) et une affirmation plus ou moins en filigrane de la vertu toujours prête à pourchasser le vice.

© Stéphane Dabrowski, Cinémathèque française
Marilyn Monroe sur le tournage des Désaxés de John Huston (Reno, Nevada, 1960) © Eve Arnold/Iconic Images

 

Ce que l’exposition (agrémentée d’un très beau catalogue) permet également de deviner est qu’il en va de la permanence du mythe comme de l’emprise de la société de consommation : quels que furent les efforts de Marilyn pour affirmer son individualité, cela ne fit qu’alimenter la légende devenue indissociable de l’actrice. Ainsi de la « prétention » de Monroe à se forger une armature professionnelle et intellectuelle (fréquentation de l’Actors studio …), ainsi également de sa réelle fragilité et de sa mort précoce, tragique et nimbée de mystère, qui ne contribuèrent pas peu à enrichir le mythe une fois « lancé » par les studios, la presse et, en retour, les spectateurs, à moins que ce ne soit par quelque phénomène plus ou moins insaisissable.

Tant et si bien qu’ensevelie à jamais par son propre tombeau (déjà ébauché de son vivant par son ultime film achevé, The Misfits/Les Désaxés, John Huston, 1961) Marilyn Monroe était destinée à « se » survivre à jamais au panthéon des idoles.

Patrick Saffar

 

Catalogue de l’exposition « Marilyn Monroe 100 ans » disponible à la boutique de la Cinémathèque française © Cinémathèque française
Catalogue et goodies de l’exposition disponibles à la Librairie de la Cinémathèque © Cinémathèque française – Photo : Arnaud Klein/CINEMUSIC Radio
Marilyn Monroe © 2026 Bruno Bernard/Bernard of Hollywood Foundation, Renaissance Road Inc., Marilyn MonroeTM/The Estate of Marilyn Monroe, LLC
Photos du film « Lady of the Chorus » (Les Reines du music-hall), sorti à partir de 1948 sur les écrans américains © Cinémathèque française – Photo : Arnaud Klein/CINEMUSIC Radio
Affiche italienne de « La rivière sans retour », Otto Preminger (1954) © Cinémathèque française – Photo : Arnaud Klein/CINEMUSIC Radio
Marilyn Monroe se parfumant avec le N°5 de Chanel à l’Hôtel Ambassador le 24 mars 1955 à New York, avant d’assister à la première de « La chatte sur un toit brûlant » de Tennessee Williams au Morosco Theatre à Broadway © Ed Feingersh (photo), Michael Ochs Archives, Getty Images, Marilyn Monroe TM/The Estate of Marilyn Monroe, LLC
© Stéphane Dabrowski, Cinémathèque française
Marylin et Rock Hudson le 5 mars 1962 lors de la 19e cérémonie des Golden Globes au Beverly Hilton Hotel à Los Angeles. Rock Hudson a remis à Marilyn le Golden Globe Henrietta Award pour « World Film Favorite – Female » (Meilleure actrice préférée du monde pour 1961), son 2e prix de ce type après 1954 © Photo tirée de la Collection de la Cinémathèque française – Photo : Arnaud Klein/CINEMUSIC Radio
© Cinémathèque française – Photo : Arnaud Klein/CINEMUSIC Radio
Réplique de 2001 (réalisée pour « Les Femmes du clan Kennedy » de Larry Show) de la robe portée par Marylin pour l’anniversaire de JFK le 19 mai 1962 © Cinémathèque française – Photo : Arnaud Klein/CINEMUSIC Radio
Affiche de l’exposition « Marilyn Monroe 100 ans » à la Cinémathèque française du 8 avril au 26 juillet 2026 © Cinémathèque française

 

© 2026 – CINEMUSIC Radio – Toute reproduction ou adaptation même partielle est interdite sans autorisation.

+ d’infos sur CINEMUSIC Radio | soutenir CINEMUSIC Radio | Nous contacter

Écrit par: CINEMUSIC Radio


À PROPOS

Radio associative consacrée au cinéma et à la musique de films, séries, comédies musicales, jeux vidéo, mais aussi aux spectacles et aux arts, à la pop culture et aux loisirs.

 

Nos applis

Faire un don via HELLOASSO

Faire un don via PAYPAL