D’Edgar Morin à Richard Dyer, nombreux sont les essayistes et historiens à s’être penchés sur le phénomène des stars de cinéma, phénomène prioritairement hollywoodien (même si on n’oublie pas Brigitte Bardot) qui vit les Dieux antiques descendre de leur Olympe pour venir prêter un peu de leur aura à certaines créatures d’élection abritées par les écrans.
S’agissant de Marilyn Monroe, un degré supérieur a été franchi, dans la mesure où c’est probablement à la création d’un mythe que les années 50-60 (sans parler d’une influence post mortem) auront participé malgré l’actrice (encore qu’il convienne de s’interroger), à laquelle l’exposition de la Cinémathèque française se consacre, étape par étape, pour le centenaire de la naissance de Norma Jeane Baker. De la silhouette encore « naturelle » (tout est relatif) contemporaine de son emploi dans une usine aéronautique, à laquelle succèdent les premières apparitions publicitaires qui lui valurent d’être repérée par la Fox, pour parvenir à une première apothéose en Technicolor sous l’espèce d’une femme fatale dans Niagara (1953) d’Henry Hathaway.
Si bien que, pour nous, les témoignages les plus touchants présentés par l’exposition demeurent, en plus de l’humour indéniable que révèlent les quelques bandes où s’entend la voix de Marilyn Monroe « au naturel », ces clichés de jeunesse où Norma Jeane Baker apparaît dans toute sa fraîcheur (les hommes n’y préfèrent pas encore les blondes) mais où déjà notre regard projectif/rétrospectif semble vouloir deviner l’émergence du cosmétique qui ne tardera pas à envahir l’apparence de la star. Mais où commence le maquillage, où finit ce qu’on appelle le naturel ?
De ce point de vue, les différents panneaux explicatifs dont s’orne le parcours peuvent apparaître un peu sommaires, qui décrivent l’usine à rêves comme une machine régie par la censure (auto-censure serait plus exact), exclusivement destinée à faire de l’argent et à broyer toute personnalité un peu récalcitrante. Mais, voilà, la « personnalité » de Marilyn était en même temps pour le moins complexe … Autre orientation privilégiée par les commentaires de l’exposition, la tendance à faire de Marilyn Monroe un symptôme de la prédominance du male gaze permet de resituer l’évènement dans une perspective contemporaine.
Tout compte fait, le phénomène Marilyn fut à la fois un défi au puritanisme ambiant (on le doit aussi aux cinéastes, parfois de génie, qui l’ont faite travailler – Howard Hawks, Billy Wilder, essentiellement) et une affirmation plus ou moins en filigrane de la vertu toujours prête à pourchasser le vice.
Ce que l’exposition (agrémentée d’un très beau catalogue) permet également de deviner est qu’il en va de la permanence du mythe comme de l’emprise de la société de consommation : quels que furent les efforts de Marilyn pour affirmer son individualité, cela ne fit qu’alimenter la légende devenue indissociable de l’actrice. Ainsi de la « prétention » de Monroe à se forger une armature professionnelle et intellectuelle (fréquentation de l’Actors studio …), ainsi également de sa réelle fragilité et de sa mort précoce, tragique et nimbée de mystère, qui ne contribuèrent pas peu à enrichir le mythe une fois « lancé » par les studios, la presse et, en retour, les spectateurs, à moins que ce ne soit par quelque phénomène plus ou moins insaisissable.
Tant et si bien qu’ensevelie à jamais par son propre tombeau (déjà ébauché de son vivant par son ultime film achevé, The Misfits/Les Désaxés, John Huston, 1961) Marilyn Monroe était destinée à « se » survivre à jamais au panthéon des idoles.
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