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Rami Malek (Lieutenant Col. Douglas Kelley) & Russel Crowe (Hermann Göring) - Nuremberg (2025) ©Nour Films, Sony Pictures Classics - Photo : Scott Garfield
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Par le plus grand des hasards (?), quelques jours avant la sortie en France de Nuremberg (James Vanderbilt, 2025), la Cinémathèque française projetait, dans le cadre d’une rétrospective consacrée au cinéaste André de Toth, l’étonnant None Shall Escape (Pas un n’échappera, 1944). On y voyait, dans une sorte de petit procès de Nuremberg avant la lettre (filmé en 1944), situé à Varsovie, un officier du Reich comparaître devant un tribunal en raison de différentes exactions. Un flash-back, remontant aux lendemains de la première guerre mondiale, retraçait le parcours de cet Allemand amoureux d’une jeune Polonaise, jusqu’à l’éclosion, en lui, de la bête immonde.

À l’inverse de ce film à vocation didactique, d’une grande force émotionnelle, se situe celui de James Vanderbilt, lequel, et pour cause, ne peut que prendre place dans un après, après le procès de Nuremberg (20 novembre 1945 – 1er octobre 1946), dont il retrace certains aspects. Rappelons si nécessaire qu’il s’agissait là de faire comparaître quelques-uns des principaux responsables du IIIe Reich, poursuivis pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Mais Nuremberg s’inscrit également (consciemment ou non) dans un présent particulièrement pesant dont le spectateur actuel aura du mal à faire l’économie.
Entre ces deux œuvres, il y aura eu, pour en rester à la fiction, Judgment at Nuremberg (Jugement à Nuremberg, Stanley Kramer, 1961) dans lequel les intentions « documentaires » semblent se heurter à la cohorte de vedettes (Spencer Tracy, Marlene Dietrich, Burt Lancaster …) que le film mobilise.


Adapté d’un récit de Jack El-Hai (Le nazi et le psychiatre, Les Arènes, 2014), le film de James Vanderbilt (auteur, notamment, du scénario de Zodiac, de David Fincher, 2007) se focalise, à l’instar du livre, sur la confrontation entre un jeune psychiatre américain, Douglas Kelley (Rami Malek) et celui qui est sans doute le dignitaire du Reich le plus sinistrement emblématique (après Hitler), à savoir Hermann Göring (Russel Crowe).


L’objet de ce face-à-face consiste rien moins, pour le clinicien, qu’à cerner une « personnalité nazie », soit, dit en termes « pragmatiques », à étudier le profil psychologique de l’officier allemand afin d’établir s’il était sain d’esprit lors des évènements, à même de répondre de ses actes devant une juridiction. La forme même adoptée pour ce duel au sommet, soit le classique champ-contrechamp, dit déjà assez le caractère humain, trop humain, de la confrontation entre les deux personnalités, de même qu’elle autorise certains jeux de miroirs entre Kelley et Göring (le psychiatre finira, des années plus tard, par se suicider au cyanure, comme le fit le dignitaire nazi, avant même d’avoir été jugé). On peut d’ailleurs se demander si, plaçant ainsi l’échange entre les deux hommes sur le terrain de la psychologie (jusqu’à une certaine « humanisation » de Göring), James Vanderbilt n’encourt pas le risque de « banaliser » le mal. Pour le moins, le cinéaste pratique-t-il une certaine ambivalence (il faut bien maintenir l’intérêt du film, jusqu’à son terme) : lorsque, au cours du procès, sont projetées les images insoutenables des camps, Göring chausse des lunettes noires. Ce geste même traduit-il alors son humanité (il ne supporte pas de voir l’horreur) ou bien un cynisme supérieur (il se refuse à voir ce qui ne le regarde pas) ? Toujours est-il que c’est par le truchement d’une autre confrontation, entre Göring et le procureur en chef américain Robert H. Jackson (Michael Shannon), qui saura lui poser les bonnes questions, que le dignitaire nazi se « trahira » en affirmant son allégeance à Hitler, sans d’ailleurs que cet aveu ne tranche véritablement la question essentielle au film de sa possible « monstruosité ». Le monstre, c’est celui qui est « montré » (monstrum) par les Dieux, le faisant sortir du rang des mortels, et c’est aussi bien une « possibilité » extrême de l’être humain.


C’est enfin au regard du présent qui est celui de la sortie de Nuremberg, que le film de James Vanderbilt pourrait bien s’avérer un produit hautement combustible. Car, en considérant, ainsi que l’affirme le cinéaste, qu’« il est bien plus effrayant de contempler l’idée que des personnes capables de crimes comme ceux de Göring sont très humaines et, à bien des égards très semblables à nous », le cinéaste pourrait bien (nouvelle ambivalence, celle du terme « humain ») ouvrir la porte à une série de ces relectures (ou réécritures) de l’évènement, passé comme présent, dont notre époque de confusion des valeurs paraît si friande. En somme, une vision relativiste qui laisserait entendre que tout un chacun, en sa qualité d’humain, est à même de commettre le Bien comme le Mal, y compris le Mal « absolu ».
Sans vouloir faire au réalisateur de procès d’intention, on peut d’ailleurs être gêné par ce plan de Nuremberg où l’on voit le cadavre de Göring torse nu, allongé à l’arrière d’un camion parmi d’autres corps anonymes et dont on n’ose penser qu’il soit là pour éveiller l’écho d’autres cadavres, ceux du passé comme ceux à venir, …
Ainsi, la pensée à l’œuvre dans Nuremberg nous apparaît-elle tour à tour banale ou bien inconséquente.




Extrait (VF) (Nour Films) : Nuremberg (2025)
Bande-annonce (VOST FR) (Nour Films) : Nuremberg (2025)
Bande-annonce (VF) (Nour Films) : Nuremberg (2025)
Bande-annonce (VO) (Amazon MGM Studios) : Judgment at Nuremberg (1961)
Bande-annonce (VO) (Columbia Pictures, Youtubeur – fan-made) (Sony/Columbia restauré) : None Shall Escape (1944)
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Écrit par: CINEMUSIC Radio
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