À l'affiche par Patrick Saffar

Nous l’orchestre de Philippe BEZIAT

today22/04/2026

Arrière-plan

Nous l’orchestre de Philippe BEZIAT

Actuellement à l’affiche en salles

★★★☆☆

Par Patrick Saffar – Journaliste, historien et critique de cinéma

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Nous l’orchestre

Nous l’orchestre ©Les Films Pelléas, Pyramide Distribution

 

Un passage du dossier de presse de Nous l’orchestre n’inciterait pas à l’indulgence : « Un film immersif au cœur de la musique en train de se faire … ». Le documentaire de Philippe Béziat, consacré à la « vie » de l’Orchestre de Paris à la Philharmonie (actuel Directeur musical Klaus Mäkelä) chercherait-il à nous refaire le coup de l’« immersion » tant prisée de nos jours (cf. actuellement, l’exposition immersive visant à renouveler l’expérience de la vision des œuvres de Leonard de Vinci, Raphaël et Michel-Ange) ?

Mais le parcours proposé par Philippe Béziat (dont les films précédents étaient essentiellement construits autour d’opéras) s’avère beaucoup plus subtil qu’une simple « plongée » au cœur de l’orchestre. Le début du documentaire adopterait même plutôt une forme éclatée, s’apparentant en cela à une formation où, juste avant le début du concert, chaque instrumentiste s’essaie à tester son instrument, ce dont il résulte pour l’auditeur une douce cacophonie d’ensemble. Avouons d’ailleurs qu’on a un peu de mal à s’installer dans Nous l’orchestre, tant le « dispositif » mis en place par le réalisateur peut paraître au départ quelque peu artificiel, là où on aurait attendu davantage de simplicité qui aurait exigé que Béziat s’efface derrière son passionnant sujet. Ainsi des intertitres laissant la parole à quelque interprète anonyme, ou bien des interviews muettes de différents musiciens, voire des percées dans la vie personnelle de certains exécutants.

Puis arrive le moment où on a l’impression que le film délivre son tutti, aidé en cela par la présence du très charismatique chef Klaus Mäkelä, avec lequel viendra plus tard contraster la direction d’Herbert Blomstedt (aujourd’hui âgé de 98 ans), aux gestes beaucoup plus parcimonieux. Ainsi, c’est lorsqu’il vient à aborder en pointillés la dialectique du chef d’orchestre et de l’ensemble orchestral qu’il dirige que le documentaire trouve sa véritable résonance, à la fois artistique et politique (la vie de la cité).

Nous l’orchestre ©Les Films Pelléas, Pyramide Distribution

 

On a souvent l’impression/illusion qu’un chef « dirige » un orchestre à la manière d’un créateur d’où la musique sortirait tout ailée, oubliant que l’essentiel du travail se situe lors des répétitions, lesquelles peuvent également être conflictuelles (avec le chef ou bien entre les exécutants). Loin de ce type de rapports, dont un exemple extrême, à la fois tyrannique et chaotique, a été autrefois illustré par le Prova d’orchestra/Répétition d’orchestre, de Federico Fellini (1979), Nous l’orchestre vient nous rappeler que c’est dans une délicate articulation entre intériorité et extériorité que se joue l’essentiel du travail d’un orchestre. C’est là que les propos relatés par le film de Philippe Béziat se délient et deviennent le plus pertinents. Si, pris individuellement ou par petits groupes, les instrumentistes ont parfois l’impression d’être « à côté », l’un d’eux affirme qu’il faut alors faire confiance au chef d’orchestre : en quelque sorte, s’oublier un instant soi-même pour s’en remettre à une « vision » (l’œil écoute) globalisante et extérieure (mais cette gymnastique devrait aussi pouvoir se concevoir en l’absence de tout chef d’orchestre, dans la mesure où il existe au moins un orchestre sans chef, l’ « utopique » Orpheus Chamber Orchestra). Dans le même ordre, certains plans rapprochés font sonner presque faux tel ou tel instrument, mais l’ensemble paraît convaincant, du moins à nos oreilles …

C’est également dans le sillage de cette dialectique intérieur/extérieur que les images situées, hors de toute performance, dans les lieux neutres de la Philharmonie, où tel ou tel soliste apparaît pensif, à l’écoute d’une musique off (sorte de vision mentale), nous frappent tout particulièrement, comme le rêve de l’instrumentiste : être soi-même aussi bien qu’épouser le collectif (impressionnante Symphonie des mille – mille exécutants – de Gustav Mahler). N’est-ce pas là un idéal démocratique que nous rappelle aussi Philippe Béziat ? De ce point de vue, mais aussi en revivifiant le goût qu’on peut avoir pour la musique dite « classique » (Stravinski, Bartok, Ravel … sont ici convoqués), Nous l’orchestre fait œuvre d’utilité publique.

Patrick Saffar

Nous l’orchestre ©Les Films Pelléas, Pyramide Distribution
Nous l’orchestre ©Les Films Pelléas, Pyramide Distribution

 

Bande-annonce (Pyramide Distribution) : Nous l’orchestre (2026)

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Écrit par: CINEMUSIC Radio


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