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©2026 Michigan Films, Kidam, Condor Distribution
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Le premier long métrage d’Emmanuel Marre, coréalisé avec Julie Lecoustre, Rien à foutre (2021), n’avait pas laissé un grand souvenir. C’est peu dire que le cinéaste revient en force avec Notre salut, qui, avec une tout autre ambition, s’inspire de son propre arrière-grand-père, Henri Marre, fonctionnaire sous Vichy et auteur d’un ouvrage intitulé Notre salut. Interprété par Swann Arlaud, cet homme sans qualités, pétri d’admiration pour le maréchal Pétain, n’aura de cesse de se prévaloir de ses théories patriotiques et managériales (la « recherche d’efficacité »), afin d’intégrer l’appareil administratif de son temps.

De fait, tout le début du film nous plonge sans crier gare sous les lambris de ce qui a toutes les apparences d’un cabinet ministériel où, coupe à la main, on devise de ce qui occupe alors les bons esprits. Certains commentateurs ont cru bon de faire leurs délices de certaines allusions directes à notre présent (il est question d’un nécessaire « rassemblement », d’essence nationale, plus tard, on évoquera le classement des travailleurs étrangers), mais cette politique du clin d’œil ne nous paraît pas être la manière la plus pertinente d’aborder le film.
Si Notre salut nous parle, jusqu’à aujourd’hui, c’est avant tout par sa voix si personnelle, cette sorte de (faux) réalisme documentaire, présent du passé qui, loin de toute reconstitution historique, s’affirme dès la scène d’ouverture, et dans lequel on aurait tort de voir un avatar de certains essais didactiques de Rossellini (du type de L’An un/Anno uno (1974), sur le fondateur de la Démocratie chrétienne, Alcide De Gasperi). Quant à l’irruption de numéros musicaux sur des musiques anachroniques (Popcorn, 1972 ; Live Is Life, 1984), il n’est pas interdit d’y voir une tentative de rupture de la fascination que pourrait exercer le « dispositif » adopté par Emmanuel Marre (compris à la manière d’un « Vichy comme si vous y étiez »).

Notre salut est enfin porté par une interprétation hors pair, à commencer par Swann Arlaud et Sandrine Blancke (une vraie révélation, dans le rôle de l’épouse d’Henri Marre). Incarnant avec sa frêle silhouette celui qui deviendra fonctionnaire au ministère du Travail, Arlaud trouve le phrasé juste (ses phrases suspendues, ses passages à vide) pour faire exister ce personnage pétri de contradictions, à la fois lâche et pourvu d’une certaine autorité, ambitieux et dépressif… La fin de Notre salut peut alors se centrer sur sa part la plus intime, celle du couple jusqu’alors éloigné par les ambitions d’Henri, ouvrant sur une romance fanée particulièrement amère (« ma p’tite lady ») dont les accents ne sont pas sans évoquer un Pialat.
Patrick Saffar




Bande-annonce (Condor Distribution) : Notre salut (2026)
Cet article est également paru dans la revue trimestrielle Jeune Cinéma n°444-445 datée été 2026
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Écrit par: CINEMUSIC Radio
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