À l'affiche par Patrick Saffar

Moulin de László NEMES

today28/10/2026

Arrière-plan

Actuellement à l’affiche en salles

★★★★☆

Par Patrick Saffar – Journaliste, historien et critique de cinéma

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Moulin (2026)

Le cinéaste hongrois László Nemes est resté dans les mémoires, essentiellement pour son premier long métrage Le Fils de Saul (2015), consacré à un prisonnier juif à Auschwitz, membre d’un Sonderkommando. Le film, décrit par certains commentateurs comme relevant d’une stratégie “immersive”, a donné lieu la même année à un texte de George Didi-Huberman, sous la forme d’une longue lettre au réalisateur (Sortir du noir, Éditions de Minuit). Avec Moulin, dont l’initiative revient au producteur Alain Goldman, László Nemes se retrouve confronté à un projet d’ambition comparable (le cinéaste dit d’ailleurs qu’il s’agissait ici de “plus qu’un film, une nouvelle mission, après Le Fils de Saul”) qui, sans se heurter cette fois à l’“interdit” de la représentation de la Shoah, n’en aborde pas moins une figure historique (Jean Moulin, remarquablement incarné/désincarné par Gilles Lellouche) lors de ses efforts d’unification des réseaux de la Résistance, puis après son arrestation et son incarcération à la prison de Montluc, où il se retrouvera face à son tortionnaire Klaus Barbie, chef de la Gestapo à Lyon.

Moulin ©2026 Pitchipoï Productions, Montmartre Films, TF1 Films Production, Studio TF1

On aura peut-être deviné que Moulin n’est pas un traditionnel biopic et que, s’il a constitué un tel défi à László Nemes, c’est avant tout lors de sa seconde partie, celle du face-à-face avec Barbie, celle des cellules et de l’horreur nue des tortures.

Si les moyens visuels, et notamment les recherches chromatiques, déployés par Nemes pourraient être légitimement discutés au regard du sujet, leur force est indéniable, à la limite de l’abstraction (le visage écorché de Lellouche, évoquant telle Tête d’otage de Jean Fautrier, est difficilement oubliable).

Par ailleurs, l’attitude de Jean Moulin, telle que montrée par Nemes, n’est pas que le sacrifice héroïque qu’a retenu la légende. Il apparaît dans le film comme à la fois surhumain et en-deçà de l’humain, il est ce qui oppose le mourir à la hargne de Barbie. Moulin est “l’indestructible en ce sens qu’il est ce qui s’affirme inexorablement par-delà la violence destructrice qu’on lui fait subir dans le dénuement extrême impersonnel où il n’y a même plus de “je”, où l’homme est comme déjà mort à lui-même. (…) Le prisonnier meurt, mais il n’en finit pas de mourir, de sorte qu’il est à la fois livré sans défense au pouvoir de celui qui le tue, et pourtant lui résiste malgré lui” (Étienne Pinat, à propos de Maurice Blanchot commentant L’Espèce humaine de Robert Antelme).

Patrick Saffar

Moulin ©2026 Pitchipoï Productions, Montmartre Films, TF1 Films Production, Studio TF1
Moulin ©2026 Pitchipoï Productions, Montmartre Films, TF1 Films Production, Studio TF1

Bande-annonce (Studio TF1 Cinéma) : Moulin (2026)

Cet article est également paru dans la revue trimestrielle Jeune Cinéma n°444-445 datée été 2026

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Écrit par: CINEMUSIC Radio


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