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À l'affiche par Patrick Saffar
today23/06/2026
Simon Abkarian (Charles de Gaulle) ©2026 Pathé Films
★★★★☆
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Longtemps attendu, le film-diptyque consacré par Antonin Baudry à certains épisodes déterminants de l’existence du Général de Gaulle se voit accordé deux sorties étalées dans le temps, correspondant aux deux volets de cet ambitieux projet.
Voici donc d’abord, depuis quelques jours sur les écrans, La Bataille de Gaulle. L’âge de fer, pour la période 1940-1942, celle au cours de laquelle, après la défaite et l’armistice, de Gaulle décide d’organiser la Résistance extérieure contre l’Allemagne nazie depuis Londres.
Pour aborder ce monument de l’Histoire de France, Antonin Baudry s’est reposé notamment sur l’ouvrage de l’historien Julian T. Jackson, De Gaulle : une certaine idée de la France, ce qui n’empêche pas l’auteur du Chant du loup (2019) de citer le Don Quichotte de Cervantes parmi ses sources d’inspiration.

La bonne surprise de ce premier volet, qui s’attache à un homme seul luttant contre les préjugés de son époque autant que contre les adversaires en arme, c’est celle de l’abandon (relatif) de la « grande forme » à laquelle on aurait pu s’attendre, au profit d’une succession de détails à hauteur d’homme. En somme, à la chanson de geste, à la gloire du héros national, le film préfère la chanson de gestes. Ceci n’allait pas de soi, tant le début de cet Âge de fer, saturé de ses propres images, semble privilégier une certaine sommation, adressée au spectateur, de croire à tout prix en la figure pour le moins surplombante, déjà mythifiée, du responsable de l’appel du 18 juin.
En particulier, l’interprétation de Simon Abkarian (par ailleurs excellent) dans le rôle-titre met quelque temps à se défaire d’une certaine raideur, à la fois dans les attitudes et dans le tremolo de la voix, comme si la statu(r)e du sauveur que l’Histoire allait retenir projetait déjà son ombre. Ce n’est que plus tard que la gestuelle s’assouplit, à mesure que l’on adhère au personnage, comme si, après avoir cru en l’idée de la France libre, le Général s’identifiait alors à cette même France.

Le trajet accompli dans le film par Fernand Bonnier de La Chapelle (Florian Lesieur) est presque inverse. Rien n’annonce d’emblée le rôle essentiel que ce jeune homme va être amené à jouer dans la tournure des évènements, ni le physique du comédien, ni même la manière de le filmer. Cela ne rendra que plus saisissant son geste fatidique en même temps qu’héroïque, à savoir l’assassinat de l’amiral Darlan (Mathieu Kassovitz), chef du gouvernement de Vichy, le 24 décembre 1942, à Alger. Là, nous ressentons véritablement le moment où la liberté individuelle agit sur le cours de l’Histoire, sous la forme d’un geste à la fois pulsionnel et réfléchi par son auteur.

On peut constater un pareil « allègement » de la manière qu’adopte le film dans les scènes d’affrontement entre de Gaulle et Winston Churchill (Simon Russell Beale), qui auraient pu facilement sombrer dans le théâtre filmé. Ici, Antonin Baudry en vient à accentuer le contraste, pour ainsi dire animalier, entre les deux silhouettes d’acteurs qui, face à face, apparaissent non réconciliables. Mais au moment où les deux hommes sauront trouver un terrain d’entente, de Gaulle penchera légèrement la tête pour se mettre à hauteur de son vis-à-vis, lui signifiant par là même son respect.

Reste la grande scène de bataille, celle de Bir Hakeim qui, du 26 mai au 11 juin 1942, vit s’affronter la brigade du général Koenig (Benoît Magimel) et les armées dirigées par le général Rommel. Si la scène se révèle parfaitement professionnelle, donc efficace, c’est encore un détail de la mise en scène qui vient lui conférer toute sa portée. Il s’agit d’un plan venant s’insérer dans le déploiement des forces armées en plein désert lybien, un plan consacré à la seule silhouette du Général de Gaulle, plongé dans l’obscurité, qui en vient à murmurer « ma France, mes hommes ». À ce moment, on ne doute plus que la France libre s’inscrit dans un rêve visionnaire, celui de Charles de Gaulle. De même que ce n’est pas faire de provocation que d’affirmer que le Général aurait pu faire sienne la phrase de son futur adversaire (François Mitterrand) : « Je crois aux forces de l’esprit ». Autant dire à la fois un souffle et une inspiration.
Patrick Saffar



Bande-annonce (Pathé Films) : La Bataille de Gaulle : L’âge de fer (2026)
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