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Vivaldi et moi ©Diaphana Distribution
★★★★☆
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Contrairement à ce que son affiche pourrait laisser croire (Antonio Vivaldi y apparaît en amorce et profil perdu, observé à l’arrière par une jeune femme, le titre du film laissant apparaître en lettres majuscules le seul nom du compositeur), ce premier opus d’un metteur en scène d’opéra réputé ne se concentre pas sur la vie du violoniste et compositeur italien, auteur d’environ cinq cents concertos.
Il explore bien plutôt ce qui semble avoir été jusqu’alors les principaux thèmes d’inspiration de Damiano Michiellietto, à savoir le pouvoir de la musique et la découverte de la liberté.
Le film, situé au début du XVIIIe siècle, a pour cadre l’Ospedale della Pietà de Venise dont la vocation était de recueillir et former à la musique de jeunes orphelines. L’une d’elles, Cécilia, exerce ses talents en tant que violoniste. Assez rapidement, la jeune femme va se faire remarquer par le nouveau maître de musique, qui n’est autre qu’Antonio Vivaldi.

Si les premières scènes de Vivaldi et moi, un peu sages, laissent pointer le risque d’académisme, malgré (ou à cause de) la beauté de la photographie et l’utilisation de la profondeur de champ, le film retient l’intérêt par les multiples échos qu’il parvient à susciter et par la manière dont il déjoue les attentes du spectateur aussi bien que du mélomane.
En filigrane, telle une basse continue, résonne une question : qu’est-ce qui meut tout du long le personnage de Cécilia (dont on notera que la Sainte qui lui est associée n’est autre que la patronne des musiciens) ?
Est-ce le désir de séduire, et en particulier de charmer celui qu’on nommait le « prêtre roux » ? En même temps, Vivaldi est ici décrit comme un homme souffreteux pour qui le contact avec une femme semble la plus inconcevable des choses. Leur relation sera donc suggérée comme à peine platonique, par le biais de frôlements esquissés mais aussi d’harmoniques presque célestes.

S’agissant du pouvoir (politique, sexuel, esthétique …), particulièrement structurant à cette époque, on peut se demander qui, dans le film, l’exerce au mieux sur qui. La noyeuse de chatons qui exerce son autorité sur les orphelines ? Le futur mari imposé à sa promise (Cécilia), occasion d’une scène dont le sadisme n’a d’égal que la fougue avec laquelle la jeune violoniste s’était donnée à un maraîcher, moins sans doute par goût du plaisir que pour faire échec à l’union, rendue caduque par la perte de la virginité ? N’est-ce pas finalement Cécilia, par la seule pratique désarmante de son art, pouvoir de la Beauté sur ceux qui en sont les victimes d’avance consentantes ?


Dans son mouvement d’ensemble, Vivaldi et moi apparaît tout compte fait comme une lente émancipation, de l’ensemble anonyme et grillagé des exécutantes masquées, tourné vers la gloire de Dieu, à l’affirmation finale d’une liberté hautement gagnée, celle de Cécilia au dernier plan du film. De cette reconnaissance d’individualité, les musicologues nous diraient peut-être qu’elle épouse un tournant de l’Histoire de la musique elle-même, tel que favorisé par Antonio Vivaldi : « Certaines de ces œuvres (Pieta) utilisent l’orchestre à bon escient, confiant des matériels thématiques importants au violon plutôt qu’aux parties chorales » (Dictionnaire encyclopédique de la musique – Université d’Oxford, v° Vivaldi). En somme, le titre du film n’avait pas tout à fait tort : c’est Vivaldi et moi, et c’est aussi moi et Vivaldi.
Patrick Saffar



Bande-annonce (Diaphana Distribution) : Vivaldi et moi (2025)
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Écrit par: CINEMUSIC Radio
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